SAGESSES : Fable Sioux

Publié le par La porte est en dedans

Il était une fois, un peuple brave et fier qui vivait dans les plaines. Le vent était leur ami et leur parlait sans furie dès lors qu’ils obéissaient à leurs esprits. Le vent leur appris un jour qu’un terrible présage était sur eux et qu’ils allaient devoir partir. « Où aller ? S’écrièrent-ils ! « Nous ne connaissons que les plaines qui nous abritent et nous nourrissent. S’il Te plaît Vent, aide-nous ! » Vent leur répondit alors : « Faites une cérémonie du feu, je vais créer pour vous à ce moment-là un guide pour vous mener à destination. Mais vous devez vous tenir prêts à partir dès que c’est fait et il vous faudra le suivre coûte que coûte. »

Les Sioux firent donc leurs préparatifs pour partir et le 3ème soir suivant l’avertissement, ils entamèrent leur procession autour du feu. Il se trouve que c’était la pleine lune et elle éclairait le feu d’une étrange lueur ce soir-là. Leur danse s’intensifia et tous sentirent l’arrivée de Vent avant qu’il fût là. Soudain, déchirant l’air, une immense tornade s’abattit dans le feu, fit tournoyer braises et flammes dans une folle ronde poursuite. Le peuple observait moitié fasciné, moitié effrayé. Mais c’était un peuple courageux qui s’écria : « Merci Vent de tenir ta promesse. Tu es notre libérateur ! » Un éclair jaillit puis soudain le silence… Les hommes mirent du temps avant de réaliser que le feu était éteint, le vent ne soufflait plus, et là, au centre de leur cercle, dans les reflets pâles de la lune, se tenait un magnifique oiseau de feu. Vent leur souffla une dernière recommandation : « Fuyez maintenant ! »

 

Majestueux, l’oiseau pris son envol et tournoya au-dessus d’eux en attendant qu’ils soient en état de marche. Puis lentement, il vira vers l’est. Flambeaux en main, une colonne de courageux indiens, hommes, femmes, enfants, tous s’encourageaient et se soutenaient dans ce déménagement vers une fortune meilleure.

Leur guide les fascinait. Il semblait fait de Lumière et en même temps ils pouvaient sentir sa force et sa puissance lorsqu’il descendait vers eux et volait au-dessus de leurs têtes. Mi- esprit, mi- bête, il les menait bon train. Ils n’osaient pas s’arrêter de peur de le perdre de vue. Les forts et vaillants guerriers le suivait sans difficulté, mais les femmes furent plus lentes et la colonne s’allongea de plus en plus au fur et à mesure que la nuit avançait. Mais courageux, ils continuèrent. Les éclaireurs furent chargés de faire des aller-retours entre la tête de la colonne et sa queue pour assurer le lien, encourager tout le monde.

Le jour allait se lever et tous étaient à bout. Jusqu’où devaient-ils aller ? Allaient-ils sortir du territoire connu ? La fatigue commença à alimenter les angoisses car au-delà des Terres, c’est la mort. Jamais personne n’en est revenu. L’oiseau revint vers eux à ce moment-là. Et alors que le soleil se levait, il lança un chant merveilleux. Devant la tête de la colonne apparut soudain un chemin merveilleux qui montait en pente douce et semblait soutenu par un arc-en-ciel.

« Mais qu’est-ce là ? S’écrièrent-ils ! Nous emmènes-tu vers le monde des esprits ? Comment veux-tu que nous en sortions ? » L’oiseau se posa sur la route arc-en-ciel et attendit. Quelque chose dans son regard se faisait insistant. Mais tout brave qu’étaient nos guerriers, ils eurent peur. Les palabres commencèrent, tant et si bien que la colonne se retrouva réunie au point de jonction de la route merveilleuse. Que faire ? Ils étaient fatigués, avaient faim. Ils devaient se reposer. Alors les hommes appelèrent Vent pour lui demander conseil. Mais Vent ne répondit pas. Vent avait dit de suivre l’oiseau, mais n’était-ce pas un piège ? Voilà qu’ils se mirent à douter de l’Homme-parole. Avait-il vraiment entendu Vent où était-il en proie à un esprit malin qui se jouait d’eux ? Cela faisait presqu’une heure qu’ils hésitaient quand une femme leur suggéra : « Envoyons l’Homme-parole sur la route arc-en-ciel, il va tester ce chemin-là pour nous ! Qu’il soit notre éclaireur… » Cette solution sembla soudain apaiser les tensions et tous poussèrent le parlant vers la route. Il posa un premier pied sur la route, puis un deuxième, et avança avec précaution. Vent les observait de haut en réalité et attendait de voir ce qu’ils allaient faire. L’Homme-parole continua sur la route, lentement.

 

Alors l’oiseau repris son vol et s’élança dans les airs. Il revint sur le bord de la route, regardant la tribu, les survola une dernière fois, puis repartit au-dessus de la route arc-en-ciel. Dans cette dernière ronde, il avait envoyé un souffle chaud et doux comme pour les rassurer. Le battement de ses ailes les invitait à le suivre. Et les Sioux reprirent leurs paquetages, leurs chariots, et avancèrent soudain, hypnotisés par l’oiseau. Homme, Femme, Enfant avancèrent vers ce chemin puis posèrent à leur tour leurs pieds sur la route merveilleuse et avancèrent dans l’inconnu. L’oiseau repris alors son chant et le monde autour d’eux s’anima. Une clairière se forma et ils comprirent qu’il leur aménageait un espace de repos. Tous se posèrent, soulagés et la sensation hypnotique disparut.

Les préparatifs pour le repos, un bon repas, l’organisation d’une surveillance, tout fut organisé au mieux et chacun repris sa place dans la tribu. Alors l’oiseau chanta une troisième fois et la frontière entre la Terre et le chemin merveilleux s’estompa. Les courageux Sioux étaient en sécurité.

Quand le temps du repos fut terminé, l’oiseau repris son envol et tournoya au-dessus d’eux pour leur signifier le temps de partir. Les Sioux se demandaient bien ce qu’il pourrait leur arriver pendant cette deuxième nuit de marche. L’oiseau chanta, la frontière réapparut. Mais quelle ne fut pas leur surprise quand ils se rendirent compte que la Terre avait changé. Ce n’était plus leur Terre, enfin si, mais pourtant elle brillait d’une lumière différente. Le sol semblait parcouru de fils de lumière, l’air semblait plus dense et leurs corps en comparaison plus légers.

L’oiseau repris sa route vers l’est et les mena vers des chemins de terre luminescents au cœur de la nuit. Où allaient-ils ? Ils savaient bien qu’à l’est la Terre s’arrêtait bien avant l’Antre du Soleil levant. Où l’oiseau les conduisaient-ils ? Une autre longue nuit de marche les attendait pourtant et au lever du soleil, le même chant fit apparaître la même route arc-en-ciel et la même clairière de repos. Le soir du deuxième jour, quand ils retournèrent sur Terre, ils aperçurent des couleurs nouvelles dans le sol, dans l’air, comme des ondes colorées qui les entouraient. Ils s’aperçurent que leurs corps même étaient parcourus de couleurs qui s’associaient en eux de manière différente et les révélaient de manière diaphane dans la nuit noire. Ils n’eurent pas besoin de torches pour avancer ce soir-là. Leur propre lumière les faisait avancer, leur permettait de voir où ils posaient les pieds.

 

Toujours l’oiseau les guidait, et au matin, lorsqu’ils se posèrent tous dans la clairière merveilleuse, ils se sentaient moins fatigués. D’ailleurs, ils ne dormirent pas vraiment, préférèrent chanter et conter les aventures des anciens temps. Quand l’oiseau leur annonça le moment du départ, ils furent prêts à découvrir avec impatience le nouveau monde qui les attendait. Quelle ne fut pas leur surprise quand de nouveaux sons arrivèrent à eux. Pas d’animaux de nuit, non, comme un chant qui semblait venir de la terre, de ses profondeurs. Ce chant rythma leur marche pour cette quatrième nuit. Et la Terre parla à leur cœur. Elle les appelait ses enfants, hommes, femmes enfants, tous avaient courageusement suivi l’ordre de Vent et étaient partis de leur monde en perdition. Terre leur expliqua que Vent avait voulu les sauver, eux, car il sentait qu’ils pouvaient se révéler à eux-mêmes et dépasser leurs doutes et leurs peurs. Terre leur appris encore que leurs territoires étaient envahis par d’autres êtres qui amenaient leur énergie différente, loin de la leur. Elle a voulu leur montrer les vraies couleurs du monde pour qu’ils s’en imprègnent et puissent enseigner la vraie nature de la vie. Et elle leur demanda à tous de faire un choix. Libre choix. Au lever du soleil, ils pourront prendre le chemin arc-en-ciel une dernière fois et vivre dans cet espace de paix infinie avec les leurs, et créer le monde qui leur plairait, à condition qu’il soit empreint de paix et d’harmonie. Ou alors, certains pouvaient retourner dans le monde pour enseigner aux hommes la véritable nature de la vie. De génération en génération, ils seraient les garants de l’équilibre des hommes et de la nature.

Chacun fit son choix dans son cœur, du plus jeune au plus âgé.

Terre leur dit une dernière chose. Au crépuscule, chaque fois que vous en aurez besoin, appelez l’oiseau et il ouvrira pour vous un chemin de l’esprit pour que vous puissiez vous rejoindre en famille et profiter de la sagesse qui vient du monde arc-en-ciel.

Alors, à l’aube, quand l’oiseau chanta, ce fut le temps des au revoir. Une grande partie de la tribu choisit la route arc-en-ciel et la vie dans la paix. Et quelques hommes et femmes décidèrent de retourner vers les hommes pour leurs enseigner tout ce qu’ils pouvaient voir du monde. Ils partirent tous dans des directions différentes à la rencontre d’autres tribus pour accomplir leur mission. Vous l’aurez compris, ce sont ceux que l’on appelle maintenant « homme ou femme médecine. » Leur grande connaissance des chemins secrets de la Terre et du monde arc-en-ciel les faisait révérer et écouter par les tribus et leur enseignement traversa les âges. »

 

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